L’ancien gardien emblématique des Lions Indomptables et actuel président de l’ONIES, Joseph Antoine Bell, s’est exprimé avec franchise sur la gestion du football camerounais et sur la présidence de Samuel Eto’o à la FECAFOOT. Invité sur Balafon TV, il a livré une analyse sans concession sur l’expérience requise pour diriger une fédération, mais également sur ses propres échecs dans la course à la présidence de l’instance faîtière du football camerounais.
« Être un ancien footballeur ne suffit pas pour diriger »
Interrogé sur l’expérience de Samuel Eto’o en tant que dirigeant, Joseph Antoine Bell a été clair : avoir été un grand joueur ne garantit pas les compétences nécessaires pour administrer le football au plus haut niveau.
« Je vous ai dit en commençant que l’expérience n’est pas le nombre d’années que vous avez passées à faire quelque chose. L’expérience est la somme des leçons que vous avez apprises en exerçant une activité ou en passant du temps quelque part donc vous ne pouvez pas juste affirmer qu’avoir été footballeur vous confère l’expérience pour manager, vous confère l’expérience pour analyser les contours sociaux de votre activité. Ce que vous étiez, c’était footballeur donc vous ne pouvez pas prétendre que juste le fait d’avoir joué vous confère cela. Non. »
Pour illustrer son propos, Bell établit un parallèle simple : « Tous les élèves sortants d’un lycée ne peuvent pas gérer le même lycée le jour où ils ont eu le bac. Les universités, il y en a qui marchent et d’autres qui ne marchent pas mais elles sont toujours dirigées par un ancien étudiant. Mais que l’ancien étudiant ne se revendique pas ancien étudiant. Il se revendique bon recteur. C’est un autre métier. »
Selon lui, diriger une fédération est une responsabilité distincte du métier de footballeur ou d’entraîneur. Un dirigeant doit être évalué sur ses compétences de gestion, ses solutions et sa vision, non sur son passé sportif.
Sur le tripatouillage des âges : “Certains en ont bénéficié”
Joseph Antoine Bell a également abordé la question sensible du tripatouillage des âges, un phénomène régulièrement dénoncé dans le football camerounais.
« Il faut que celui qui gère puisse dire quelle est sa solution pour combattre cela. Mais vous pouvez bien deviner que des gens qui ont bénéficié eux-mêmes du tripatouillage des âges auront une certaine sympathie et une gêne pour intervenir contre cela parce que ça leur a profité. Est-ce que les dirigeants de clubs vous ont dit qu’ils voulaient se battre contre le changement du tripatouillage des âges ? »
Pour Bell, cette pratique s’est enracinée au sein même des structures footballistiques, rendant le combat encore plus complexe.
Bell sur ses échecs : “Ce n’est pas Bell qui a échoué, c’est le foot qui n’a pas voulu de Bell”
Avec la même franchise, il revient sur ses tentatives à la présidence de la FECAFOOT. Pour lui, ses échecs ne résultent pas d’un manque de légitimité, mais plutôt d’un système verrouillé où les électeurs privilégient leurs propres intérêts.
« Ce n’est pas que Bell n’a pas réussi. Il faut dire précisément les choses. Le foot n’a pas voulu de Bell. Ceux qui votaient ont pensé le contraire de ce que pensait tout le monde. Ce sont les gens qui sont dans le foot qui ont la charge de voter. »
Selon Joseph Antoine Bell, les électeurs de la FECAFOOT choisiraient des dirigeants prêts à protéger un système défaillant plutôt que de le réformer.
« Visiblement, nos différents clubs et différents électeurs du foot camerounais attendent quelqu’un qui prolonge la magouille à laquelle eux-mêmes aspirent. Et voilà où elle nous a conduit. Elle n’a pas débuté hier. Il ne faut pas faire comme si les magouilles de la fédération ont débuté hier. »
Un discours qui relance le débat sur la gouvernance sportive
Les déclarations de Joseph Antoine Bell, figure respectée du football camerounais et désormais haut responsable de l’ONIES, relancent une fois de plus le débat sur la gouvernance à la FECAFOOT, l’intégrité des processus électoraux et la capacité des dirigeants à mener les réformes profondes attendues dans le football national.



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