Bonjour Monsieur Simon Ngoon Mbeleck, merci d’avoir accepté notre invitation. Comment allez-vous aujourd’hui ?
Je vais bien, pas de soucis, tout va bien.
Pour ceux qui vous connaissent moins, pouvez-vous revenir brièvement sur votre parcours, de vos débuts comme arbitre à votre poste actuel de président de l’association des arbitres, branche du Littoral ?
Il faut d’abord mentionner que j’ai flirté avec plusieurs autres disciplines avant de me retrouver dans le football. J’ai commencé avec les arts martiaux puis l’athlétisme où j’étais sprinteur et champion dans la région du Littoral, avant de jouer au football au poste de gardien de but dans l’équipe FM 105 du feu Daniel Nzock, qui était responsable de chaîne à la CRTV Littoral, paix à son âme, avant de me reconduire dans l’arbitrage en 2000. Je fais l’école et, toujours en 2000, je sors avec une moyenne excellente.
Tour à tour, je passe de la 3e division à la seconde et, depuis 2007 jusqu’en 2021, j’étais arbitre de première division ; donc j’ai fait pratiquement 19 ans en élite. Je prends ma retraite à 45 ans et c’est depuis 2016 que je suis président de l’Association camerounaise des arbitres de football (ACAF), branche du Littoral. Il faut rappeler qu’en 2004, j’ai été vice-président de l’ACAF national jusqu’en 2007 lorsque je prends les rênes de la région du Littoral jusqu’à nos jours.

En tant qu’ancien arbitre, comment appréciez-vous la prestation des arbitres lors de la saison dernière ?
Je pense que c’est la résultante de tout l’olympisme de cet exécutif actuel. Ce n’est pas aujourd’hui que nous avons commencé à décrier la situation de la mauvaise prestation des arbitres. Depuis que cet exécutif est arrivé, il faut le savoir, nous avons des arbitres que nous appelons arbitres d’OPOPO ; ils sont nombreux comme ça. Cette année, c’était la cerise sur le gâteau avec un certain Ndanga Mundi. Je suis un fervent protecteur des arbitres parce que c’est mon rôle premier, mais je dois aussi décrier lorsqu’il y a des brebis galeuses dans le corps. Ce n’est pas facile pour les présidents de clubs et même pour la fédération d’organiser des matchs et, à la fin, on voit une piètre prestation des arbitres. Encore qu’il n’est pas interdit pour ces arbitres-là d’avoir de piètres prestations, les erreurs peuvent arriver, mais lorsqu’elles deviennent volontaires, il faut le décrier. Pour moi, je n’ai pas beaucoup aimé la qualité de l’arbitrage pendant toute la gestion de cet exécutif.
La FECAFOOT a récemment décidé d’exclure l’ACAF et de la remplacer par l’ACAAF. Quelle a été votre première réaction à cette annonce ?
Je pense que, lors de l’annonce de ma candidature à la présidence de la FECAFOOT, je l’avais dit à tout le monde. À l’avant-dernière assemblée, il était question qu’on exclue l’ACAF. Nous ne savons pas ce qui s’est passé. Lorsque le secrétaire général faisait la lecture, il y avait cette résolution 19 qui disait que l’ACAF devait être remplacée, mais lors de la rédaction, ils l’ont ôtée. Donc cela ne m’a pas surpris, mais c’est vraiment désagréable car on ne peut pas se mettre à vous demander de vous asseoir autour d’une table parce qu’il y a un problème qu’il faille résoudre, mais on pense juste à exclure le membre de manière unilatérale.
Selon vous, cette décision est-elle liée à la grève des arbitres qui a marqué la saison dernière ?
La grève même, c’est l’apothéose. C’est d’abord le fonctionnement et le fait que les arbitres sont gérés de manière chaotique. Nous ne savons pas comment les arbitres sont formés au niveau de l’élite. Les stages sont devenus mystifiés et même pendant ces stages, depuis que cet exécutif est là, les arbitres n’ont jamais fait un stage assez consistant, surtout dans la qualité du domaine logistique. À l’époque des Iya Mohamed et tous les autres prédécesseurs, c’était dans des hôtels assez huppés où les arbitres avaient des équipements et même trois repas par jour. Cet exécutif n’a donné aucune possibilité à ces arbitres de voir ou de goûter la saveur de l’élite. On vous regroupe à Mbankomo, on vous demande de venir avec des seaux d’eau et des draps, où il n’y a pas de repas, et on vous demande d’aller sur la route à près de 2 kilomètres du centre pour aller chercher quelque chose à manger, et à vos frais.
Vous comprenez donc que la grève est un peu la résultante de tout cela. Nous avons attiré l’attention de la fédération et, à un moment, dans la région du Littoral, j’ai même bloqué le championnat et demandé à la fédération de payer les émoluments des arbitres, mais j’ai été menacé par l’instance faîtière. Nous avons tenu bon et la fédération a fini par payer. Lorsque nous réclamions nos 350 millions donnés par le SGPR, ce n’est pas de manière anodine. Jamais nous n’avons été catégoriques ou rigides, nous avons toujours été flexibles pour appeler la fédération autour de la table, mais elle n’a pas accepté. Donc ce sont nos revendications, qui sont légitimes et légales, qui ont poussé la fédération à nous écarter et à créer un groupuscule qu’on appelle association (ACAAF) qui est vide de consistance juridique.
Quelles conséquences cette décision aura-t-elle sur les arbitres camerounais, et plus particulièrement dans votre région ?
Nous ne sommes pas des va-t-en-guerre. Il n’est pas question d’aller dans des batailles inutiles. Dans le Littoral, les arbitres traînent beaucoup d’arriérés depuis que cet exécutif est là. Il est question de demander aux arbitres de voir dans quelle mesure nous pouvons rester soudés et attendre, car nous savons que les choses finiront par changer. Malgré le fait que l’association a été écartée par la fédération, elle fonctionne et demeure présente. Nous demandons aux arbitres de rester patients, cohérents et solidaires, car l’avenir nous dira la suite.
Voyez-vous encore une possibilité de dialogue ou de réconciliation entre l’ACAF et la FECAFOOT ?
Nous sommes dans un pays de droit et nous prenons le dialogue à tout moment, car nous croyons que ces personnes reviendront à la raison. La dernière assemblée qui a validé l’exclusion de l’ACAF n’avait que 48 membres ce jour-là. Vous voyez l’écart : même si le quorum a été atteint, de 90 à 48, il y a un gros gap. Les membres de l’ACAF sont toujours présents et il y a les élections qui arrivent, donc nous pensons qu’il y a encore une possibilité. L’association qui est mise sur pied aujourd’hui (ACAAF) par la fédération n’a pas assez de consistance juridique et de représentativité. C’est une association qui a été créée pour aller aux élections et la fédération sait que, passant par là, elle aura un candidat sûr. Nous continuons à exercer et travailler ensemble, avec la main tendue, on ne sait jamais. Le 29 novembre n’est pas loin, il y aura encore une olympiade et peut-être, pendant cette olympiade de 4 ans, la fédération pourra nous appeler autour de la table pour qu’on puisse parler d’une manière sereine.

Vous avez déclaré votre candidature aux prochaines élections de la FECAFOOT. Qu’est-ce qui vous a motivé à franchir ce pas ?
Il faut d’abord comprendre que j’ai été en activité au sein de la FECAFOOT pendant plus de 20 ans comme arbitre et administrateur, étant même encore en activité, ce qui est chose rare. Je me suis dit qu’il faut changer certaines choses. Nous avons un exécutif qui n’a pas compris qu’avant d’avancer il faut se servir des repères. Je vais vous dire de façon détaillée ce que sont les repères : nous avions à l’époque une ligue de football professionnelle qui gérait le football professionnel, nous avions une ligue de football jeune qui gérait le football jeune, et plusieurs autres entités, mais lorsqu’ils arrivent, ils battent tout en brèche et commencent sans repères ; voilà pourquoi nous nous retrouvons dans une gestion chaotique. Pour moi, la gestion, on doit la mettre en avant car à la FECAFOOT elle est vraiment large et prend en compte les aspects stratégiques, financiers, communicationnels, et mon groupe et moi espérons que nous allons passer malgré le verrouillage que l’on observe ces derniers jours. Nous pensons que nous devons mettre une politique qui nous permettra d’avoir une meilleure gestion, et dans cette gestion-là, il y a des clés qui sont importantes à relever.
Sur le plan stratégique, il faudra mettre sur pied une organisation qui permettra d’avoir une gestion où l’on regardera le problème de la corruption pour qu’elle soit élaguée, et surtout mettre des personnes choisies ou votées de manière claire à la fédération. Nous devons avoir une gestion financière transparente et avoir des audits de manière régulière qui nous permettront de voir à quel niveau nous sommes. Également, il nous faudra un plan de communication efficace avec les membres de la fédération, avec les sponsors et aussi avec les supporters. Un point très important : il nous faudra une commission juridique efficace, avec des personnes que nous allons choisir de manière transparente, pour que les dossiers et conflits soient gérés de manière sûre. Je ne pourrais pas me prononcer sur tous ces éléments, car ils sont pléthoriques, mais si nous mettons cela en application, nous aurons une très bonne fédération. Ce sont des choses qu’il faut régler et mettre des personnes compétentes et motivées. J’ai peur que si cette fédération est encore là pour le prochain mandat, elle puisse gérer les affaires courantes et son passif, mais pour ceux qui viendront après, ce ne sera pas facile, car ils pourront trouver des caisses vides et, au pire des cas, des dettes assez importantes. Voilà un peu ce qui nous a motivés et comment nous pensons gérer, et j’ai cette intime conviction qu’au lendemain du 29 novembre, si on nous donne cette occasion de gérer, je pense que cela pourra donner quelque chose de bon.
En quoi votre expérience d’arbitre et de dirigeant d’association est-elle un atout pour diriger la fédération ?
Gérer une fédération, une association ou une entreprise n’est pas seulement une question de background ou de diplôme, c’est aussi une question de sagesse. Kadji Defosso n’a jamais eu un véritable background, mais il avait dans son entreprise des personnes qui l’avaient. Il est donc question de gérer cette fédération et de chercher des personnes compétentes. Je ne saurais me lever le matin et commencer à crier « je, je, je… » car on ne peut pas tout faire seul. Je ne suis pas économiste ni politicien, mais je pense que ma position de sagesse m’a déjà donné la possibilité d’être vice-président de l’ACAF alors que je n’avais encore que 29 ans, et depuis 2016 je suis toujours président de la branche du Littoral et président de plusieurs autres associations sportives. Nous allons donner le travail à tout le monde et rester au-dessus pour coordonner, et c’est dans cette optique que nous allons multiplier les audits et définir les objectifs à atteindre. J’ai le vécu, j’ai vu comment Iya Mohamed, Tombi A Roko, jusqu’à Seidou Mbombo Njoya et Samuel Eto’o ont travaillé, donc je peux aussi travailler.
Quels sont, selon vous, les trois grands problèmes actuels du football camerounais ?
J’ai ressorti précédemment l’ensemble de la gestion du football camerounais. Aujourd’hui, la fédération a 10 membres et les plus importants et visibles sont le corps de métier des arbitres, des entraîneurs et des footballeurs. Comment ces 3 entités sont-elles traitées ? Vous voyez que c’est du n’importe quoi : personne n’est bien traité. Les discours ronflants ne doivent pas nous éblouir. Si je prends le cas des arbitres, regardez seulement cette saison : le championnat de première division qui a 30 journées, la fédération a payé seulement 7 journées. Voilà les problèmes qu’il faut résoudre. Sur la situation des entraîneurs, aujourd’hui ils n’ont pas d’avenir. On va dire qu’on a signé un contrat avec la CNPS et tout, mais c’est faux. On nous a dit qu’un joueur d’Élite Two devait avoir un salaire de 100 000 et 200 000 pour l’Élite One, mais essayez de voir : il y a des grèves tous les jours, des équipes d’élite se retrouvaient lors des rencontres avec des effectifs de moins de 13 joueurs, avec certains qui font du chantage, des équipes ne pouvaient pas s’entraîner 3 fois par semaine. Voilà les grands problèmes qui sont dans la gestion collective de l’ensemble du football camerounais.
Si vous êtes élu, quelle sera votre première mesure forte dès les 100 premiers jours ?
Il faut reconnaître que, durant ces 4 dernières années, il y a eu des exclusions abusives. Nous avons perdu des clubs de manière abusive, comme Djiko FC de Bandjoun, Poivre de Penja et bien d’autres encore. Il faut une réconciliation et non avancer pour avancer. Il faut rappeler tout le monde, car les gens avaient confiance en cet exécutif mais ont été déçus. Il suffisait juste d’avoir une idée diamétralement opposée à cet exécutif pour qu’on vous colle 10 ans de suspension et des amendes. Voilà que même l’Union de Douala, qui a été relégué, l’argent qui pouvait permettre à ce club de payer peut-être 3 ou 4 journées est encore dans les bureaux d’un commissariat ou d’une brigade de recherche. Il faut donc réunir tout le monde et ensemble voir comment avancer. C’est donc cela qui sera la première chose que je ferai lorsque je serai à la tête de cet exécutif.
Quel message souhaitez-vous adresser aujourd’hui aux membres de l’Assemblée Générale et à tous les acteurs du football camerounais ?
C’est d’avoir toujours espoir. Au fond, nous savons tous que ça ne va pas et on dit souvent que nous sommes des orphelins, car l’orphelin n’est pas seulement celui qui a perdu ses parents, mais celui qui a également perdu l’espoir. Sachons-le, il faut parfois que la graine tombe, meurt pour qu’elle puisse germer afin de donner parfois, ou toujours, de bons fruits. Oui, nous sommes des orphelins, car le football camerounais est mort, mais ayons espoir car nous aurons de bons fruits tous ensemble.
Enfin, si vous deviez résumer votre ambition pour le football camerounais en un seul mot, lequel choisiriez-vous ?
Je me résumerais simplement comme dans mon slogan : « La réconciliation du football camerounais ». Le football camerounais est tellement déchiré aujourd’hui et ma position d’arbitre est la plus indiquée, car l’arbitre dira toujours à tout le monde que le football n’a pas d’ennemis, mais n’a que des adversaires. Je pense que, Dieu aidant, les délégués comprendront qu’avec moi, ils auront la possibilité de venir discuter, s’entendre et se fixer les bases pour avancer. Les délégués savent très bien qu’avec cet exécutif c’est impossible, car c’est un clan qui s’est érigé et qui gère le football camerounais. Ils ont voté mais n’ont jamais été pris en considération. Avant même la tenue de l’assemblée générale de la fédération et son exclusion, l’ACAF était déjà suspendu et a été imposé à ces délégués. Ils doivent comprendre qu’il est temps de changer : 4 ans dans le trou, il est temps de sortir de ce trou.
Interview réalisée par Ulrich Tchomo



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