Les Lions Indomptables ont arraché une victoire étriquée (1-0) face aux Panthères du Gabon ce mercredi 24 décembre 2025 pour leur entrée en lice à la CAN 2025. Mais derrière le résultat positif se cache une réalité tactique qui interroge. Entre audace mal maîtrisée et pauvreté du jeu, le premier match de David Pagou à la tête du Cameroun divise déjà les observateurs.
Trois points, un clean sheet, un but précoce de Karl Etta Eyong dès la 6ème minute : sur le papier, le bilan est positif. Mais à y regarder de plus près, la performance camerounaise soulève plus de questions qu’elle n’apporte de réponses. Face à une équipe gabonaise sans inspiration, les Lions ont peiné à convaincre et n’ont jamais vraiment maîtrisé leur sujet. Le 3-4-2-1 choisi par David Pagou, censé apporter de la solidité défensive tout en libérant les couloirs, a rapidement montré ses limites. Résultat : un jeu haché, peu de variations offensives, et une équipe qui a vécu sur un seul moment de génie.
Analyste des questions de sport, Tony Franck Ndam n’y va pas par quatre chemins dans son décryptage du plan tactique de David Pagou. Son analyse, lucide et sans concession, met le doigt sur les véritables manquements de cette prestation camerounaise.
« Tactiquement pour moi Pagou s’est planté. Nous avons eu de la chance parce qu’on jouait une équipe gabonaise sans inspiration. Si on avait en face une équipe comme le Sénégal la tâche allait être plus difficile. C’est vrai aussi qu’il a eu l’envie d’oser avec son 3-4-2-1 en prenant des risques. Sur le plan physique en tant qu’à la base préparateur physique on a trouvé les Lions plus engagés ce qui démontre qu’il a effectivement travaillé sur ce plan durant la semaine de préparation. De manière générale j’ai été déçu tactiquement car c’était assez pauvre, il y a eu très peu de variation dans le jeu, il y’a eu beaucoup de déchets. Après c’est son premier match en tant que sélectionneur du Cameroun, le vrai gros test sera face à la Côte d’Ivoire dimanche prochain. »
Le choix du 3-4-2-1 témoigne d’une certaine audace de la part de Pagou. Sur le papier, ce dispositif devait permettre de contrôler le milieu tout en offrant des solutions dans les couloirs avec Junior Tchamadeu et Darlin Yongwa. Dans les faits, la synchronisation n’était pas au rendez-vous. Les pistons ont multiplié les allers-retours sans réelle efficacité offensive, tandis que la défense à trois a parfois semblé désorganisée.
Au-delà du but précoce, les Lions n’ont créé que très peu d’occasions franches. Bryan Mbeumo (7/10) et Daniel Namaso (6/10) ont certes montré de bonnes dispositions individuelles, mais le jeu collectif, lui, était aux abonnés absents. Peu de combinaisons, pas de réelles variations tactiques, un pressing parfois mal coordonné : l’attaque camerounaise a davantage brillé par son inefficacité que par sa créativité.
Il serait injuste de condamner définitivement David Pagou après un seul match. Comme le souligne Tony Franck Ndam, c’était sa première sortie officielle à la tête des Lions Indomptables. Le rodage prend du temps, les automatismes se créent progressivement, et l’intensité physique était au rendez-vous, preuve d’un travail sérieux lors de la préparation.
Cependant, à la CAN, le luxe du temps n’existe pas. Chaque match compte, chaque point peut être décisif. Et si les Lions ont pu se permettre ces approximations face à un Gabon inoffensif, qu’en sera-t-il face à des adversaires plus coriaces ?
Le match contre les Éléphants ivoiriens dimanche prochain sera révélateur. Champions d’Afrique en titre, techniquement supérieurs, tactiquement bien en place : voilà l’adversaire qui mettra à nu les failles camerounaises. Si Pagou persiste avec son 3-4-2-1 sans corriger les défauts observés face au Gabon, la sanction pourrait être sévère.
Le sélectionneur camerounais a donc quelques jours pour rectifier le tir. Renforcer l’entrejeu, varier les circuits de jeu, améliorer la coordination défensive : le chantier est vaste. La victoire face au Gabon offre un répit bienvenu, mais elle ne doit pas masquer la réalité d’une prestation médiocre sur le plan tactique.
Le football est parfois cruel : on peut gagner sans convaincre, et c’est exactement ce qui s’est passé mercredi soir. David Pagou a remporté son premier match, certes, mais les trois points acquis ne doivent pas occulter les nombreux problèmes identifiés.
L’analyse de Tony Franck Ndam, bien que sévère, a le mérite de la lucidité. Le Cameroun a eu de la chance de tomber sur un adversaire sans mordant. Face à la Côte d’Ivoire, cette chance ne suffira pas. Il faudra du jeu, de l’organisation, et surtout un plan tactique beaucoup plus abouti.
Le chronomètre tourne, et avec lui les espoirs d’un peuple. David Pagou a quatre jours pour transformer l’essai. Quatre jours pour prouver que la victoire contre le Gabon n’était pas qu’un coup de chance. Quatre jours pour montrer qu’il mérite la confiance placée en lui.
Le verdict tombera dimanche. Et cette fois, il n’y aura pas de droit à l’erreur.



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